Des responsables d’Églises au Zimbabwe mettent en garde contre des modifications constitutionnelles susceptibles de prolonger les mandats présidentiels

BAKU, AZERBAIJAN - NOVEMBER 12: Zimbabwean President Emmerson Dambudzo Mnangagwa delivers a national statement during the UNFCCC COP29 Climate Conference at Baku Stadium on November 12, 2024 in Baku, Azerbaijan.
BAKU, AZERBAIJAN - NOVEMBER 12: Zimbabwean President Emmerson Dambudzo Mnangagwa delivers a national statement during the UNFCCC COP29 Climate Conference at Baku Stadium on November 12, 2024 in Baku, Azerbaijan. Sean Gallup/Getty Images

Une coalition de dirigeants chrétiens au Zimbabwe a averti qu’un projet d’amendement constitutionnel pourrait affaiblir les garanties démocratiques, appelant les législateurs à protéger l’intégrité de la constitution du pays.

Le Zimbabwe Heads of Christian Denominations (ZHOCD), qui regroupe la Conférence des évêques catholiques du Zimbabwe, le Conseil des Églises du Zimbabwe et la Fraternité évangélique du Zimbabwe, a publié une déclaration pastorale critiquant le projet de loi intitulé Constitution of Zimbabwe Amendment (No. 3) Bill, 2026.

Le projet de loi propose des changements significatifs dans la structure constitutionnelle du pays, y compris des réformes que les critiques estiment susceptibles de modifier les mandats présidentiels et le système électoral. L’une des clauses controversées du texte est la proposition de transformer le système présidentiel du Zimbabwe en un système parlementaire.

Si le projet est adopté, les membres du Sénat et de l’Assemblée nationale éliront le président, au lieu du système actuel dans lequel le président reçoit directement un mandat exécutif des électeurs. Le projet propose également de remplacer le cycle électoral actuel de cinq ans par un cycle de sept ans, prolongeant ainsi la durée des mandats des dirigeants politiques.

Les responsables religieux ont déclaré que ces amendements pourraient affaiblir la responsabilité démocratique et réduire la participation des citoyens au processus politique.

« Les amendements constitutionnels proposés soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la protection des principes démocratiques et de la volonté du peuple », ont déclaré les responsables d’Église dans leur communiqué.

Le clergé a exhorté les législateurs à se souvenir de leur responsabilité constitutionnelle de représenter les citoyens plutôt que des intérêts politiques.

« Le Parlement est une confiance sacrée destinée à servir le bien commun de la nation », ont déclaré les responsables religieux. « Il ne doit pas devenir un instrument de prolongation du pouvoir politique. »

Cette déclaration constitue l’une des réponses les plus coordonnées des dirigeants chrétiens au Zimbabwe depuis l’adoption de la constitution actuelle du pays en 2013.

Cette constitution est issue de plusieurs années de dialogue national à la suite de tensions politiques entre le parti au pouvoir et les groupes d’opposition. Les Églises ont joué un rôle en encourageant une participation pacifique et l’engagement civique durant ce processus.

Dans leur appel le plus récent, les responsables religieux ont souligné que les réformes constitutionnelles doivent être transparentes et fondées sur une consultation publique.

Ils ont averti que les changements affectant les élections ou les mandats présidentiels ne devraient pas être adoptés sans une large participation du public.

« La constitution est l’alliance du peuple », indique le communiqué. « Toute modification doit refléter la volonté des citoyens. »

Des médias zimbabwéens ont rapporté que l’amendement proposé pourrait prolonger les mandats des hautes fonctions politiques et modifier la manière dont les dirigeants sont élus.

Ces informations ont alimenté un débat national sur la question de savoir si les réformes pourraient permettre au gouvernement du président Emmerson Mnangagwa de rester au pouvoir plus longtemps que ne le prévoit la loi actuelle.

Alors que les responsables gouvernementaux affirment que le processus d’amendement s’inscrit dans une réforme constitutionnelle normale, les critiques soutiennent que ces changements pourraient affaiblir les mécanismes d’équilibre des pouvoirs destinés à limiter l’autorité de l’exécutif.

Les responsables religieux ont appelé les Zimbabwéens à réagir pacifiquement tout en participant au débat national sur les changements proposés.

« En tant que bergers du peuple de Dieu, nous exhortons les citoyens à défendre la justice, la responsabilité et le bien commun », indique le communiqué.

Remise en cause des limites de mandat

Le débat en cours au Zimbabwe s’inscrit dans une tendance plus large à travers l’Afrique, où des propositions visant à prolonger les mandats présidentiels ou à réviser les limites constitutionnelles ont suscité des controverses politiques dans plusieurs pays.

Au cours des deux dernières décennies, la question des limites de mandat est devenue l’un des sujets les plus sensibles de la politique africaine. Dans certains pays, des dirigeants ont tenté des réformes constitutionnelles pour rester au pouvoir au-delà des limites existantes, tandis que des groupes d’opposition et des organisations de la société civile s’y sont opposés.

En République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi a suggéré de revoir certaines parties de la constitution du pays, une proposition que les critiques craignent de voir ouvrir la voie à des modifications touchant aux limites des mandats présidentiels.

Des révisions constitutionnelles antérieures sur le continent ont suscité des controverses similaires.

Au Rwanda, un référendum constitutionnel en 2015 a permis au président Paul Kagame de briguer des mandats supplémentaires, alors que les limites précédentes auraient exigé son départ.

L’Ouganda a supprimé les limites d’âge présidentiel en 2017, permettant au président Yoweri Museveni de rester éligible à la présidence malgré les restrictions constitutionnelles antérieures.

En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire a approuvé des réformes constitutionnelles en 2016 qui ont permis au président Alassane Ouattara de se représenter après que la nouvelle constitution a réinitialisé le compteur des mandats.

Chacun de ces changements a suscité un débat sur la question de savoir si les réformes constitutionnelles renforçaient les systèmes politiques ou affaiblissaient les garde-fous destinés à prévenir la concentration du pouvoir.

Le débat actuel au Zimbabwe s’inscrit dans cette discussion continentale plus large.

Les analystes soulignent que les amendements constitutionnels ne sont pas inhabituels dans les systèmes démocratiques, mais que les changements touchant aux mandats présidentiels font souvent l’objet d’un examen particulièrement attentif, car ils influencent directement la compétition politique et l’alternance du pouvoir.

Dans leur dernière déclaration, les responsables religieux du Zimbabwe ont indiqué que leur préoccupation est motivée par leur responsabilité de protéger le bien-être des citoyens.

« Notre rôle en tant qu’Église est de guider la nation vers la justice, la droiture et la paix », indique le communiqué.

Le clergé a exhorté à la fois les législateurs et les citoyens à placer la stabilité à long terme du pays au-dessus des intérêts politiques. Ils ont également souligné que le dialogue pacifique reste essentiel alors que le Zimbabwe débat de son avenir constitutionnel. Les responsables religieux ont conclu leur message par un appel à la réflexion nationale.

« L’avenir de notre nation dépend de l’intégrité, de la responsabilité et de la gestion fidèle de la confiance publique », conclut le communiqué.

Le projet d’amendement doit désormais être examiné par le Parlement, où les législateurs devront débattre et voter les changements avant leur entrée en vigueur. Les responsables religieux ont déclaré qu’ils continueront de suivre le processus et d’exhorter les législateurs à veiller à ce que toute réforme constitutionnelle reflète la volonté des citoyens zimbabwéens.

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