Des défenseurs de l’Église sud-africaine accusent la Commission des droits CRL de tromperie concernant des projets de réglementation des églises

Le professeur Musa Xulu a démissionné de son poste de président du Comité de la section 22 de la loi sur les droits civiques (CRL) après avoir dénoncé un agenda préétabli visant à contrôler les activités religieuses.
Le professeur Musa Xulu a démissionné de son poste de président du Comité de la section 22 de la loi sur les droits civiques (CRL) après avoir dénoncé un agenda préétabli visant à contrôler les activités religieuses. Capture d'écran YouTube / Eyewitness News

Un groupe chrétien de défense des libertés civiles a accusé la Commission sud-africaine pour la promotion et la protection des droits des communautés culturelles, religieuses et linguistiques (CRL Rights Commission) d’induire le public en erreur quant à ses intentions à l’égard des églises, avertissant qu’un cadre « d’autorégulation » proposé dissimule une volonté plus profonde d’imposer une réglementation étatique aux institutions chrétiennes.

Au cœur du différend se trouve le Projet de cadre d’autorégulation au titre de l’article 22 pour le secteur chrétien, élaboré par un comité spécial ad hoc de la Commission. La Commission a affirmé à plusieurs reprises qu’elle ne cherche pas à réglementer les églises, décrivant l’initiative comme volontaire et consultative.

Dans un communiqué publié le 22 janvier, les South African Church Defenders (SACD) ont déclaré être « profondément préoccupés » par une récente conférence de presse tenue par la Commission CRL. Selon la SACD, cette conférence n’a pas présenté un compte rendu fidèle des propres documents et du dossier public de la Commission.

« Le public a reçu des déclarations qui contredisent directement les documents officiels de la Commission », a déclaré le groupe, qualifiant la conférence de trompeuse plutôt que simplement floue ou mal communiquée.

Lors d’un point de presse le 21 janvier, la Commission a répondu à une déclaration de son ancien président, le professeur Musa Xulu, qui avait affirmé qu’il existait un agenda prédéterminé visant à contrôler les activités religieuses par l’État.

La SACD souligne en particulier la clause 2.3 du projet de cadre, qui appelle à des consultations nationales en vue de l’élaboration d’un cadre législatif pour le secteur chrétien. Selon la SACD, cette clause contredit directement les affirmations publiques selon lesquelles aucune législation n’est envisagée.

« La SACD rejette comme fausse et trompeuse l’affirmation selon laquelle la Commission CRL ne poursuit pas l’adoption d’une législation ou d’un cadre juridique pour le secteur chrétien », indique le communiqué. « Ce démenti est directement contredit par le propre projet de cadre de la Commission. »

Selon la SACD, le cadre vise à établir des organes de régulation à l’échelle du secteur, à imposer l’enregistrement des institutions et des dirigeants chrétiens, et à instaurer des codes de conduite contraignants. Bien que la Commission présente ces mesures comme relevant d’un processus d’autorégulation, la SACD soutient qu’elles constituent en réalité une réglementation, sinon de nom, du moins dans les faits.

Le groupe accuse la Commission de présenter « l’autorégulation » comme un concept destiné au public tout en avançant discrètement des mécanismes qui placeraient finalement les églises sous un contrôle lié à l’État. « Il s’agit d’une contradiction directe entre ce que la Commission dit et ce qu’elle fait », a déclaré la SACD.

La SACD a averti qu’une fois un cadre juridique rédigé, le processus passerait par des consultations avant d’aboutir à des recommandations au Parlement. À ce stade, a indiqué le groupe, les législateurs pourraient se voir présenter un dossier suggérant une large participation et un large consentement, rendant son adoption plus probable.

« C’est précisément ainsi que la législation est élaborée », indique le communiqué, exhortant les églises à rester vigilantes et à s’opposer au processus dès le départ plutôt qu’une fois qu’il aura pris de l’ampleur.

L’organisation a également critiqué le ton et l’objectif de la conférence de presse de la Commission CRL, suggérant qu’il s’agissait davantage d’un exercice de contrôle des dégâts que d’une véritable tentative d’engagement avec les critiques après la démission de Xulu.

Sans citer directement Xulu, la SACD a affirmé que les tentatives de discréditer ses préoccupations n’ont fait qu’approfondir le malaise du public concernant le processus. « Les institutions relevant du Chapitre 9 sont censées incarner les normes les plus élevées d’autorité morale et de confiance publique », indique le communiqué, ajoutant que la contradiction et la dissimulation sapent la légitimité de l’institution et de son travail.

Pour ces raisons, la SACD a réitéré son appel à la destitution immédiate du président de la CRL et à la dissolution du Comité ad hoc de l’article 22.

Le groupe a déclaré être « totalement opposé » à tout cadre juridique ou législatif visant à réglementer la croyance, la gouvernance, la direction ou la pratique chrétiennes. La liberté religieuse, a-t-il affirmé, est protégée par la Constitution sud-africaine et ne peut être subordonnée à des structures contrôlées par l’État, même sous couvert de consultation ou de responsabilité.

La SACD a également cherché à clarifier ce qu’elle considère comme une mauvaise caractérisation de sa position. Elle a rejeté les affirmations selon lesquelles son opposition porterait sur un Livre blanc du gouvernement, précisant que ses préoccupations concernent les limites constitutionnelles, le respect des procédures légales et l’étendue des pouvoirs conférés à la Commission CRL.

« L’affaire porte sur la constitutionnalité du Comité ad hoc de l’article 22, le non-respect des procédures légales appropriées et la protection de la liberté de religion », indique le communiqué.

Bien que la déclaration de janvier n’annonce pas de nouvelle action en justice, la position de la SACD doit être comprise dans un contexte plus large de conflit public entre des groupes ecclésiaux et la Commission CRL.

Des reportages antérieurs ont indiqué que la SACD et des dirigeants d’églises alliés ont, ces derniers mois, contesté les actions de la Commission par voie judiciaire, soutenant que des tentatives précédentes de réglementation des institutions religieuses dépassaient les limites constitutionnelles. Ces affaires ont été rapportées par plusieurs médias sud-africains et ont présenté la SACD comme l’un des opposants les plus virulents à l’extension de la supervision de la CRL.

Dans des reportages distincts, la Commission CRL a défendu son approche, affirmant que le cadre vise à protéger les fidèles contre les abus et l’exploitation et à promouvoir un leadership éthique au sein des communautés religieuses. La Commission a insisté sur le fait que la participation serait volontaire et qu’elle n’a aucune intention de contrôler la doctrine ou les croyances.

D’autres instances ecclésiales ont adopté des positions plus prudentes ou nuancées. Le Conseil sud-africain des Églises (SACC), par exemple, a reconnu les préoccupations liées aux abus dans les espaces religieux tout en appelant au dialogue plutôt qu’à la confrontation, selon des déclarations publiques antérieures rapportées dans les médias.

La démission du professeur Xulu a encore intensifié l’examen du processus de l’article 22. L’ancien président de la Commission a évoqué des tensions internes et une confusion quant au mandat du comité, renforçant les affirmations selon lesquelles l’initiative a été mal définie et contestée même parmi ses propres architectes.

Pour la SACD, toutefois, la question n’est pas celle d’un désaccord interne mais d’un principe constitutionnel. L’organisation affirme que la Commission CRL ne peut nier toute intention législative tout en avançant des documents qui l’appellent explicitement.

« Les Sud-Africains ont droit à l’honnêteté, à la clarté et au respect de la Constitution », conclut le communiqué. « La Commission CRL ne peut pas nier publiquement ses intentions législatives tout en avançant un cadre qui les prévoit expressément. »

La SACD a déclaré rester engagée dans la défense de la liberté religieuse, de la suprématie constitutionnelle et de l’État de droit.

La démarche de l’Afrique du Sud refléterait des mesures prises ou envisagées ailleurs sur le continent. Le Kenya envisage l’introduction de lois visant à superviser les organisations religieuses, notamment par un enregistrement plus strict, des obligations renforcées de rapports financiers et une supervision étatique accrue à la suite de cas d’abus et d’exploitation. Le Rwanda a déjà mis en place des réglementations strictes exigeant que les groupes confessionnels respectent des normes rigoureuses en matière d’enregistrement, de direction et de sécurité, les autorités ayant fermé des milliers d’églises non conformes.

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