
Le plus grand groupe d’Églises du Zimbabwe avertit que les changements proposés aux lois nationales sur l’avortement constituent une crise constitutionnelle et morale, exhortant le Parlement à rejeter des amendements qui élargiraient considérablement l’accès à la procédure.
Les Zimbabwe Heads of Christian Denominations (ZHOCD) ont déclaré que le projet de loi d’amendement des services médicaux, qui vise à étendre et à libéraliser l’avortement, était « profondément préoccupant » et que cette évolution avait « bouleversé les chrétiens, les parents et de nombreux citoyens qui défendent des valeurs bibliques et culturelles protégeant la vie comme un droit humain fondamental ».
« Notre nation fait face à un sérieux défi constitutionnel et moral », ont averti les dirigeants religieux. « Le Parlement envisage d’amender le Medical Services Bill d’une manière qui élargirait de façon significative l’accès à l’avortement. »
Le ZHOCD affirme que la loi menace les protections constitutionnelles accordées aux enfants à naître. Le caucus estime que le projet de législation constitue un éloignement du consensus national clairement exprimé lors du processus de consultation constitutionnelle : que la vie avant la naissance mérite d’être protégée et que l’avortement doit rester strictement limité.
Le Medical Services Bill cherche à amender le Termination of Pregnancy Act (TOPA) de 1977, signalant un changement majeur dans l’approche du Zimbabwe en matière de santé reproductive. Les réformes visent, selon les rapports, à aligner la loi sur l’avortement, vieille de près de 50 ans, sur la Constitution de 2013 et les pratiques actuelles de santé publique.
En vertu du TOPA, l’avortement est généralement interdit, mais autorisé dans des circonstances limitées et spécifiques, notamment lorsque la vie de la mère est en danger en raison de la grossesse. La loi stipule qu’il doit y avoir certification par deux médecins indépendants, n’appartenant pas au même cabinet, que les conditions sont remplies.
L’Assemblée nationale a adopté l’amendement le 23 octobre 2025. Le texte législatif attend désormais l’examen du Sénat avant d’être transmis au Président pour promulgation.
Selon le Safe Abortion Action Fund (SAAF), une organisation pro-choix, les nouveaux amendements « permettront l’avortement sur demande jusqu’à 12 semaines de gestation et jusqu’à 20 semaines dans les cas où la grossesse comporte un risque pour la santé de la femme, son bien-être mental ou sa stabilité socio-économique ». Ces dispositions sous-tendent les préoccupations des Églises.
Le SAAF note également que le projet de loi autoriserait l’avortement sur la base du seul consentement éclairé, y compris pour les mineures enceintes. De plus, des sages-femmes formées, notamment dans les zones rurales, pourraient pratiquer des avortements afin de pallier le manque de professionnels de santé.
Droits parentaux et accès pour les mineures
L’article 8D du projet de loi stipule que tout parent ou tuteur qui empêche un enfant de recevoir des services de santé ou qui refuse d’y consentir enfreindra la loi.
Le mémorandum du projet précise que les services de santé pour les enfants mineurs, y compris les soins de santé reproductive, ne doivent subir aucun préjudice dû aux « croyances morales et religieuses de leurs parents ou tuteurs, conformément à l’article 60(3) de la Constitution ».
Le ZHOCD affirme que la législation permettrait à des filles de tout âge d’obtenir un avortement sans que leurs parents en soient informés. Le groupe a également averti que les femmes mariées pourraient subir la procédure sans avertir leurs maris.
Les dénominations ont en outre averti que l’interprétation large de la « santé mentale » pourrait permettre des avortements tardifs, voire en fonction du sexe de l’enfant. Elles soutiennent que la détresse émotionnelle ou psychologique pourrait justifier la procédure à des stades avancés de la grossesse.
Les dirigeants religieux ajoutent que le manque de restrictions pourrait également autoriser des avortements lorsque la grossesse implique un handicap, même bien avancée dans le troisième trimestre. La préoccupation s’intensifie avec des dispositions permettant à un seul médecin d’autoriser un avortement. Les responsables religieux affirment que cet amendement supprime des garanties essentielles et augmente le risque d’abus.
Au-delà des questions morales et éthiques, les organisations ecclésiastiques estiment que l’affaiblissement des exigences en matière de rapport pourrait créer des failles facilitant la non-conformité et la dissimulation d’activités illicites. Elles avertissent qu’une implication réduite des parents et des forces de l’ordre pourrait exposer les femmes et les filles, en particulier les mineures, à l’exploitation par des abuseurs et des trafiquants qui pourraient utiliser les services d’avortement pour dissimuler des infractions sexuelles.
Les dirigeants religieux ont insisté sur le fait que les changements juridiques proposés menaçaient des protections en vigueur depuis longtemps, appelant le Parlement à rejeter le projet de loi dans sa forme actuelle.
« Le Zimbabwe a constamment défendu la sainteté de la vie. Notre Constitution, notre culture et nos valeurs spirituelles communes affirment cet engagement », déclare la lettre du ZHOCD. « Les amendements proposés au Medical Services Bill démantèleraient des protections de longue date et introduiraient l’avortement sur demande dans notre nation. Pour l’intégrité morale et la stabilité sociale de notre pays, ces changements doivent être rejetés. »
Le ZHOCD a exhorté les chrétiens et toutes les personnes de conscience à prendre une position ferme sur la question. L’organisation exprime une opposition unifiée à ce qu’elle considère comme une expansion excessivement large de l’accès à l’avortement.
« Nous exhortons donc tous les croyants à demeurer fermes dans la défense de la vie, à prier avec diligence pour notre nation et ses dirigeants, et à engager activement vos députés dans vos circonscriptions respectives », conclut la déclaration.





